J’ai lu “Aventurières américaines” de Cristina de Stefano aux éditions Anatolia Libella

2008 juin 1

Bonjour à toutes et à tous.

J’ai gardé de mon enfance et de ma jeunesse, toutes deux abondamment nourries au cinéma américain, une tendresse particulière pour la figure du héros et de l’héroïne.

A travers les films des années 30, 40, 50 et même après, je trouvais que les Américains avaient un talent particulier pour mettre en scène ces personnages masculins et féminins hors norme, aux caractères marqués et marquants, aux destins renversants, qui sortaient du lot et servaient de modèles à leurs semblables.

Cela me plaisait d’autant plus qu’ils étaient incarnés, avec tout le glamour de l’époque, par des acteurs comme Clark Gable, James Stewart, Cary Grant, des actrices telles que Katherine Hepburn, Marlène Dietrich ou Lauren Bacall, et mis en scène par des réalisateurs devenus mythiques comme King Vidor, Victor Fleming, George Cukor, … et j’en oublie forcément !

Comme toute petite fille un peu fonceuse et pressée d’en découdre avec la vie, j’avais une admiration particulière pour les héroïnes affirmées, indépendante, belles et rebelles, qui semblaient mettre un point d’honneur à marcher quelques pas devant le commun des mortels, à une époque où la majorité des femmes continuaient de trottiner plusieurs mètres derrière.
Indépendamment de la dimension “girl power” de ce sentiment, je ne mettais pas encore de mots sur un trait de caractère qui continue de représenter pour moi l’essence même d’une personnalité inspirante : l’indépendance d’esprit et cette capacité qu’ont certaines personnes à tracer leur route, à mener leur vie en sachant faire face aux événements tout en restant en accord profond avec eux-mêmes, à choisir sans regret de changer de direction lorsque cela leur semble approprié ou nécessaire. A vivre et à « permettre » leur destin, plus qu’à le planifier ou à le subir.

Plus tard, je me suis rendue compte que si le cinéma américain était riche de ces personnages, il n’en avait pas le monopole, et que, au-delà du cinéma, de véritables héros et héroïnes existaient “en vrai”, avec des vies encore plus extraordinaires que des scénarios hollywoodiens. Ces destins là sont toujours pour moi de véritables sources de curiosité, d’étonnement, et parfois aussi d’expérience et d’inspiration.

Aujourd’hui, cette curiosité m’est restée pour les héroïnes vintage “whose lives were even bigger than a movie”. Et quand mon regard a glissé sur la couverture du livre ci-dessous, il a été doublement arrêté, d’abord … forcément … par la sublime  photo de la non moins sublime modèle et photographe Lee Miller (eh oui … on ne se refait pas …), puis par le titre, Aventurières américaines, plein de mystères et de promesses, de mystères prometteurs, de promesses mystérieuses, bref, tout un programme !

Je l’ai acheté. Je l’ai lu. J’ai parfois appris des choses. D’autres fois, j’ai juste retrouvé, parfaitement bien documentées et très agréablement rédigées, des choses que je connaissais déjà. A l’arrivée, j’ai passé un très bon moment, un de ces moments comme j’aime où, à intervalles réguliers, le destin se manifeste discrètement pour rappeler, preuve à l’appui, que la vie s’écrit à chaque instant, et que, par conséquent, je tiens, dans ma main, le stylo (la souris ?!) de la mienne.

Ecrit par Cristina de Stephano, critique littéraire et journaliste italienne, ce livre est donc une galerie de vingt portraits de femmes dont les vies ont été d’une façon ou d’une autre pleines d’audaces, de péripéties et de rebondissements. Chaque récit est court, et le talent particulier de l’auteur est de faire ressortir, avec un joli sens de la formule, les éléments marquants de chaque histoire.

Le point qui m’a le plus intéressée est la place particulière occupée par les photographes dans cet ensemble. Sur vingt portraits, trois (Berenice Abbott, Lee Miller et Dorothea Lange) sont des photographes, et c’est sans compter celles qui n’ont pas étaient shortlistées pour faire de la place aux autres.

Pour ma part, j’y aurais bien vu aussi Margareth Bourke-White, autre grande photographe américaine. Dans un autre registre, Carmel Snow et Diana Vreeland, qui se sont certes illustrées dans le domaine typiquement féminin des magasines de mode, mais avec quel éclat ! Et peut-être aussi Peggy Guggenheim qui ne s’est jamais trouvée en reste non-conformisme et d’originalité.

Quoi qu’il en soit, cela m’a conforté dans l’idée que dès les débuts de sa “démocratisation”, la photographie a été une discipline mixte qui a permis aux femmes d’exercer leur talent et de trouver leur place plus facilement que d’autres domaines (et sans que cela semble poser de problème particulier à leurs collègues masculins d’ailleurs …).

Et finalement, ce que je trouve le plus étonnant, c’est que peu de ces incroyables destins aient faits l’objet d’adaptations cinématographiques. Certes, on croise Margareth Bourke-White, élégamment incarnée par Candice Bergen, dans le film “Gandhi” de Richard Attenborough. Du côté des écrivains, Karen Blixen a bénéficié de l’inoubliable “Out of Africa” et de l’interprétation mythique de Meryl Streep. Certes, notre Môme nationale, Edith Piaf, a récemment connu une carrière mondiale.

Mais ils restent plutôt inhabituels les films construits autour de ces vies palpitantes, et, lorsqu’ils existent, ce sont rarement des block busters. Leur diffusion est trop souvent limitée, il n’y a qu’à voir « Les amants du Flore », autour du couple Sartre-Beauvoir, qui a fini en téléfilm sur France 3 et sur Arte (c’est déjà ça …) alors qu’il aurait bien mérité une sortie en salle, ne serait-ce que pour l’interprétation marquante d’Anna Mouglalis et pour les reconstitutions historiques assez réussies.

Il y aurait pourtant largement matière à quelques rôles d’envergure pour une des nombreuses jeunes et brillantes actrices de notre époque. Espérons donc que les films à venir sur Coco Chanel et Françoise Sagan nous apporteront un peu de changement en la matière. Mais bon …

Ainsi, en refermant ce livre, je me suis dit que celui qui pense que le cinéma est plus fabuleux que la vie se trompe peut-être. Et cette idée que c’est la vie qui a le dessus sur la fiction me semble bien en phase avec une des croyances profondes de l’esprit américain qui incite chacun à s’efforcer de réaliser ses rêves. On devrait peut-être leur emprunter ça plus souvent.

Sur ce, je file oeuvrer à réaliser les miens, et je vous souhaite à toutes et à tous une journée de rêve ;o)

 

PS – Les vingt personnalités présentées dans ce livre sont les suivantes : Berenice Abbott, Ruth Benedict, Rachel Carson, Caresse Crosby, Dorothy Dandridge, Hilda Doolittle, Dorothy Draper, Amelia Earhart, Mary Frances Kennedy Fisher, Slim Keith, Dorothea Lange, Lee Miller, Josephine Nivison, Sister Parish, Dorothy Parker, Margareth Sanger, Anne Sexton, Kay Swift, Tasha Tudor, Mae West.

5 Responses
  1. 2008 juin 1

    Merci pour ce joli billet si bien écrit, que j’ai lu avec beaucoup de plaisir. J’adorai, petite, ces films américains, moi aussi, dans lesquels les femmes étaient fortes et drôles. J’adorai Barbara Stanwick et Jane Russel:)
    J’ai envie de lire ce livre, merci de nous l’avoir présenté,
    à bientôt

    Bonsoir Miss Doodle. Rhaaa oui ! Ces deux là, c’était quelque chose aussi. En fait il y en a plein de vieux films superbes … Et dire qu’ils ne passent plus à la télé, quel dommage. Très bonne soirée ;o)

  2. 2008 juin 1

    Ah, oui ma chère on devrait bien leur emprunter cette soif de réaliser, de créer et de rechercher toujours son rêve. J’ai bien appris ici que tout le monde est formidable et a quelque chose de fabuleux à faire sur cette terre. Et uoi en France on aurait bien besoin de se rappeler de cet esprit positif parfois!

    Bonsoir Anne. Tout à fait d’accord ! Ici, on le perd trop souvent de vue … Bonne soirée ;o)

  3. 2008 juin 1

    Ce n’est pas moi qui vais te contredire sur les héroïnes américaines…
    D’ailleurs, Zok m’avait offert il y a un ou 2 Noël un gros pavé intitulé “Regards sur le cinéma américain 1932-1962″…
    La lecture de ton billet si bien écrit m’a donné envie de le ressortir et au final, tu as piqué ma curiosité avec ton livre !!
    J’ai dû être une américaine (c’est sûre) et héroïne (peut-être) dans une autre vie :)
    Merci pour ce rappel !

    Bonsoir Marigaz. Ah oui ?! Toi aussi ?! ;o) En tous cas, ça a l’air bien intéressant aussi “Regards sur le cinéma américain” … J’irai mettre mon nez dedans un jour. Et pour celui du billet, je te le mets dans une enveloppe et je te le prête si tu veux.
    Maintenant il va falloir que je trouve un film pour illustrer ça …
    Très bonne soirée.

  4. 2008 juin 4

    C’est très gentil à toi ! Je retiens la proposition, car pour le moment, je suis dans ma phase plein de lectures en retard ! La faute aux guides de NYC que j’ai repris ;)

  5. 2008 juin 4

    @Marigaz. Pas de souci, quand tu veux … Moi, je jongle avec les livres … Je crois que j’en ai pour l’été, et je suis impatiente de tous les lire ;o)

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